04/11/2009 19:16
Vers une nouvelle ère de la Formule 1
Après le départ de Toyota
Le retrait de Toyota de la Formule 1 annoncé
mercredi, après ceux de Honda, BMW et Bridgestone, fait entrer la discipline
dans une nouvelle ère, où les constructeurs seront moins présents, ce qui
n'hypothèque pas pour autant le futur de cette vitrine du sport automobile.
Des raisons économiques conjoncturelles expliquent ces désaffections.
Toyota, premier constructeur de voitures au monde, a été ébranlé par la crise
financière. Les motivations sont aussi stratégiques. BMW a justifié son
retrait par ses choix environnementaux. La voiture verte du futur, cible de la
marque, n'est pas en phase avec la Formule 1 d'aujourd'hui, qui consomme sa
centaine de litres aux cent kilomètres.
Or la F1, autrefois sport amateur et noble, est devenue un outil marketing
dépassionné, dans lequel les marques investissent des sommes vertigineuses,
mais qu'elles peuvent quitter du jour au lendemain, n'étant tenues par aucun
lien émotionnel.
La mutation, intervenue dans les années 1990-2000, a été portée par les
télévisions, qui se sont acquittées de droits exponentiels, et par les
constructeurs automobiles, arrivés en masse en F1 à cette époque. En 2003 ou
2004, huit d'entre eux étaient ainsi représentés sur la grille.
Les deux artisans de cette évolution, Bernie Ecclestone, argentier de la
discipline, grâce à laquelle il s'est prodigieusement enrichi, et Max Mosley,
président pendant seize ans de la Fédération internationale de l'automobile
(FIA), qui régit la F1, sont aujourd'hui montrés du doigt.
"Ce qu'on voit aujourd'hui, c'est le résultat du système de gestion de la
FIA", s'étrangle Ari Vatanen, candidat malheureux à sa présidence, pour qui la
Fédération internationale a géré le sport au mépris des intérêts de ses
participants.
"Pilotes, écuries, constructeurs... n'osaient pas dire un mot (à la FIA)
par peur des représailles. (...) Pourtant, ceux qui investissent dans le sport
doivent avoir leur mot à dire, afin qu'ils puissent y trouver leur compte",
estime le Finlandais, défait en octobre par le Français Jean Todt.
Malmenées par les autorités sportives, fragilisées par leurs performances
économiques, en déclin sportif, Honda, BMW, Toyota ont donc choisi de fermer
la parenthèse F1, tout comme l'équipementier Bridgestone. "C'est un signal
extrêmement grave", souffle Ari Vatanen.
"C'est un cycle qui vient de se terminer", relativise Eric Barbaroux,
ancien délégué général du Grand Prix de France. "Pendant dix ans, les
constructeurs automobiles ont convergé vers la F1. Maintenant, ils s'en vont.
Mais il ne faut pas désespérer", observe-t-il.
"Ce qui compte en F1, ce sont les pilotes. Parlait-on autant des
constructeurs pendant les batailles Prost-Senna (quand les constructeurs
étaient peu représentés, NDLR) ?", s'interroge ce cadre de la Fédération
française du sport automobile.
"Et est-ce que c'était si génial quand Schumacher mettait une minute aux
autres, alors qu'il y avait le plus grand nombre de constructeurs?",
poursuit-il.
Au terme d'un Championnat remporté par les écuries Brawn GP, certes
émanation de Honda, et Red Bull, loin devant Toyota (5e), BMW Sauber (6e) ou
Renault (8e), les noms des "grosses" formations ne semblent plus aussi
incontournables.
"On va simplement retourner vers une F1 des années 1990, avant l'arrivée
des constructeurs", estime M. Barbaroux. Moins riche. Mais tout aussi
intéressante.
D'après AFP
